Le banding est un défaut d’affichage ou d’image : un dégradé qui devrait être continu se découpe en bandes de couleur visibles. Il vient presque toujours d’un manque de nuances disponibles (8 bits, soit 256 niveaux par canal), d’une compression trop forte ou, sur une TV OLED, d’une uniformité imparfaite de la dalle. En retouche, on le corrige en travaillant en 16 bits et en ajoutant un léger tramage. Sur un téléviseur, on commence par les réglages et une source de qualité avant d’envisager le SAV.
Un ciel au coucher du soleil, un fond de studio gris, un logo en dégradé : ce sont les cas typiques où le banding saute aux yeux. Au lieu d’une transition douce, l’œil repère des marches, comme des courbes de niveau sur une carte. Le phénomène touche autant les graphistes qui exportent un visuel que les propriétaires d’un téléviseur récent qui découvrent des bandes verticales sur une scène sombre. Les causes se recoupent en partie, mais les solutions diffèrent selon que le problème naît dans le fichier, dans la chaîne de diffusion ou dans l’écran lui-même.
Qu’est-ce que le banding, concrètement ?
Une image numérique décrit chaque couleur avec un nombre limité de valeurs. Lorsqu’un dégradé s’étale sur une grande surface, par exemple 1 920 pixels de large, mais que seules quelques dizaines de nuances séparent le point de départ du point d’arrivée, chaque nuance doit couvrir une bande de plusieurs dizaines de pixels. Le passage d’une valeur à la suivante devient alors perceptible : c’est la quantification qui se voit.
Le parallèle avec l’audio est parlant, et les lecteurs de notre guide Table de mixage le reconnaîtront : un signal codé sur trop peu de bits produit des paliers audibles, tandis qu’en image ces paliers deviennent visibles. Dans les deux domaines, la parade classique reste la même, ajouter un bruit très faible (le dithering, ou tramage) pour casser la régularité des marches.
On parle aussi de postérisation lorsque l’effet est poussé à l’extrême. Le banding en est la forme discrète, souvent limitée aux zones de faible contraste : ciels, peaux, ombres, fonds unis.
Profondeur de couleur : les chiffres qui expliquent le banding
La profondeur de couleur (bit depth) fixe le nombre de nuances par canal rouge, vert et bleu. Ces valeurs sont mathématiques et ne changent pas d’une année à l’autre, ce qui en fait un repère fiable pour 2026 comme pour les années suivantes.
| Profondeur par canal | Nuances par canal | Couleurs totales | Usage courant |
|---|---|---|---|
| 8 bits | 256 | environ 16,7 millions | JPEG, web, SDR, la plupart des écrans bureautiques |
| 10 bits | 1 024 | environ 1,07 milliard | HDR10, TV OLED et LCD haut de gamme, vidéo pro |
| 12 bits | 4 096 | environ 68,7 milliards | Dolby Vision (conteneur), fichiers RAW de nombreux boîtiers |
| 16 bits | 65 536 | environ 281 000 milliards | PNG et TIFF 16 bits, travail de retouche dans GIMP |
Le chiffre de 16,7 millions de couleurs paraît énorme, mais il est trompeur : un dégradé de gris pur n’utilise que 256 niveaux en 8 bits. Si ce gris va seulement du 40 au 70, il ne reste que 30 marches pour couvrir tout l’écran, d’où des bandes larges et nettes. En 10 bits, la même plage offre environ 120 marches, quatre fois plus fines.
Banding sur une image : les causes côté retouche
Dans un flux de travail photo ou graphique, le banding apparaît rarement à la prise de vue. Il naît le plus souvent pendant le traitement, quand on étire des valeurs qui n’existent pas. Voici les situations les plus fréquentes, de la plus courante à la plus particulière :
- Courbes et niveaux poussés sur un fichier 8 bits : éclaircir fortement un ciel sombre répartit 30 ou 40 valeurs d’origine sur une plage plus large, les trous deviennent des bandes.
- Export JPEG trop compressé : la compression regroupe les zones proches en blocs de 8 x 8 pixels, ce qui accentue les marches dans les aplats.
- Conversion d’un profil large vers sRGB : passer d’Adobe RGB ou de ProPhoto vers sRGB en 8 bits peut écraser des nuances voisines.
- Dégradés générés sans tramage : un dégradé vectoriel ou un fond créé à l’outil dégradé, exporté tel quel, montre souvent des paliers.
- Réduction de palette : GIF ou PNG indexé limités à 256 couleurs au total, pas par canal.
Les cartes thermiques et les cartes de densité sont un cas à part. Exportées depuis un logiciel de cartographie, elles reposent sur des rampes de couleur continues qui trahissent vite le moindre manque de profondeur, surtout une fois recompressées pour une présentation.
Corriger le banding dans GIMP, étape par étape
GIMP gère la haute précision depuis la version 2.10, et GIMP 3, sorti en mars 2025, a consolidé ce travail en 16 et 32 bits. La méthode ci-dessous fonctionne dans les deux versions.
- Passer en haute précision avant toute retouche : menu Image, puis Précision, puis Entier 16 bits ou Virgule flottante 32 bits. Le faire dès l’ouverture, pas après les corrections.
- Partir du meilleur fichier source : un RAW développé en TIFF 16 bits contient bien plus de nuances qu’un JPEG déjà compressé.
- Activer le tramage de l’outil dégradé : dans les options de l’outil, la case Tramage ajoute un bruit imperceptible qui dissout les marches.
- Ajouter un grain léger sur les zones touchées : Filtres, puis Bruit, puis Bruit RVB ou Bruit HSV, avec des valeurs très basses (de l’ordre de 0,01 à 0,03). Appliquer sur une sélection adoucie du ciel ou du fond plutôt que sur toute l’image.
- Revenir en 8 bits avec tramage seulement à l’export : la conversion de précision propose un mode de tramage, à privilégier pour un JPEG ou un PNG destiné au web.
- Exporter avec une qualité JPEG élevée : 90 ou plus pour un visuel comportant de grands aplats dégradés.
Un contrôle simple consiste à appliquer temporairement un calque Courbes très contrasté sur le résultat : s’il reste des bandes visibles à fort contraste, elles risquent d’apparaître sur un écran mal calibré chez le client.
Pour les intégrateurs web, le même souci se pose avec les dégradés CSS, que certains navigateurs rendent en 8 bits sans tramage. Découvrez comment utiliser le balisage span en HTML pour cibler un élément précis : on peut alors lui superposer une texture de bruit très légère en arrière-plan, ce qui masque les paliers sur les grands fonds colorés.
Banding TV et banding OLED : ce qui se passe à l’écran
Sur un téléviseur, le banding a deux origines bien distinctes. La première est le signal lui-même : une chaîne TNT, un flux de streaming à faible débit ou une vidéo YouTube compressée contiennent déjà des paliers, que la TV ne fait que montrer. Dans ce cas, le défaut change d’une source à l’autre et disparaît sur un Blu-ray UHD ou un contenu HDR de bonne qualité.
La seconde est propre à la dalle. Le banding OLED se manifeste souvent par des bandes verticales ou horizontales légèrement plus sombres, visibles sur des fonds gris uniformes entre 5 % et 20 % de luminosité, ou lors de panoramiques sur un ciel. Chaque pixel OLED produit sa propre lumière, et de petites différences de tension d’un sous-pixel à l’autre créent ces irrégularités. On parle alors plutôt d’uniformité de dalle, avec un effet proche du phénomène appelé DSE (Dirty Screen Effect) sur les LCD.
Toutes les dalles en présentent un peu, à des degrés variables selon les exemplaires. C’est ce qui rend la question délicate : un léger banding visible uniquement sur une mire de test est généralement considéré comme normal par les fabricants, alors qu’un défaut marqué sur des contenus courants mérite une démarche.
Réglages à vérifier sur une TV qui présente du banding
- Désactiver les traitements de contraste dynamique et les réducteurs de bruit agressifs, qui peuvent créer ou amplifier les marches.
- Activer, si le menu la propose, l’option de lissage des dégradés (le nom varie selon la marque : lissage de la gradation, Smooth Gradation, etc.).
- Vérifier que la box, la console ou le lecteur sortent bien en 10 bits ou en 4:2:2 / 4:4:4 lorsque le contenu est HDR, et que le port HDMI utilisé accepte le signal complet.
- Lancer la compensation des pixels manuellement, en suivant strictement le mode d’emploi du fabricant, sans répéter l’opération sans raison.
- Laisser la TV en veille branchée : les cycles de maintenance automatiques des OLED s’exécutent souvent à l’extinction.
Tester son écran avant de conclure à un défaut
Un test sérieux évite de confondre un problème de source avec un défaut matériel. Affichez, depuis une clé USB, des images unies en gris à 5 %, 10 % et 20 %, puis un dégradé horizontal et vertical en noir vers blanc. Créez-les vous-même dans GIMP en 16 bits, exportées en PNG, pour être sûr qu’elles ne contiennent aucun palier.
Si les bandes restent fixes quand l’image change, elles viennent de la dalle. Si elles suivent l’image ou n’apparaissent que sur certaines chaînes, la source est en cause. Photographiez l’écran dans une pièce sombre, au même réglage, et notez la date : ces éléments seront utiles en cas de réclamation.
Banding OLED et SAV : quels recours en France ?
En France, un téléviseur neuf acheté auprès d’un professionnel bénéficie de la garantie légale de conformité pendant 2 ans, prévue par le Code de la consommation. Pendant cette période, un défaut apparu est présumé exister dès la livraison, et c’est le vendeur, pas le fabricant, qui est l’interlocuteur. Lorsqu’un bien est réparé dans ce cadre, la garantie est prolongée de 6 mois.
La difficulté tient à la qualification du défaut. Les fabricants appliquent des critères internes de tolérance, rarement publiés, et un banding OLED léger peut être refusé au motif qu’il entre dans la norme. Quelques conseils pour une démarche de banding OLED SAV qui ait des chances d’aboutir :
- Décrire le défaut sur des contenus réels (film, sport, jeu) et pas seulement sur une mire.
- Joindre photos et vidéos datées, avec les réglages utilisés.
- Formuler la demande par écrit auprès du vendeur, en citant la garantie légale de conformité.
- Conserver toutes les réponses ; en cas de blocage, un conciliateur de justice ou le médiateur de la consommation dont dépend l’enseigne peut être saisi gratuitement.
Ces informations restent générales : pour un litige précis, une association de consommateurs agréée ou un professionnel du droit pourra vérifier votre situation. Côté studio et agence, un écran de production défaillant pèse aussi sur la trésorerie. Logiciel de facturation et CRM reliés entre eux permettent justement de retrouver en quelques secondes la facture d’achat et l’historique des échanges avec le fournisseur, deux pièces que tout service après-vente réclame.
Les erreurs qui aggravent le banding
Certaines habitudes, pourtant bien intentionnées, multiplient les bandes au lieu de les réduire.
- Retoucher en 8 bits puis convertir en 16 bits : la conversion ne recrée pas les nuances perdues, elle se contente de les recopier.
- Empiler les exports JPEG : chaque nouvel enregistrement recompresse et creuse les paliers.
- Juger un dégradé sur un écran non calibré : un moniteur bureautique 6 bits avec FRC peut afficher des bandes absentes du fichier, ou en cacher qui existent.
- Pousser la netteté ou la clarté sur un ciel : ces filtres renforcent les transitions, y compris les marches indésirables.
- Multiplier les compensations de pixels sur une OLED : l’opération use légèrement la dalle, la lancer chaque semaine n’apporte rien.
- Accuser la TV trop vite : une bonne part des réclamations concerne en réalité un flux de streaming à faible débit.
À retenir pour la retouche : travailler large (16 bits, fichier source riche), ne réduire qu’au dernier moment, et toujours avec un tramage. Pour un téléviseur, la logique est voisine, tester d’abord, documenter ensuite, réclamer seulement quand le défaut gêne au quotidien.
Le banding est-il normal sur une TV OLED ?
Un léger banding sur des fonds gris très sombres est courant sur la plupart des dalles OLED et reste généralement toléré par les fabricants. Il devient anormal s’il est visible sur des contenus ordinaires et gêne le visionnage.
Le banding OLED peut-il disparaître avec le temps ?
Il peut s’atténuer après les cycles de compensation automatiques des premières semaines, mais rien ne le garantit. Un défaut qui persiste après un mois d’usage normal a peu de chances de disparaître seul.
Comment savoir si le banding vient de la vidéo ou de l’écran ?
Affichez une image grise unie depuis une clé USB. Si les bandes restent au même endroit, l’écran est en cause ; si elles n’apparaissent que sur certains programmes, c’est la source ou sa compression.
Le 10 bits supprime-t-il totalement le banding ?
Non, il le réduit fortement en offrant quatre fois plus de nuances par canal que le 8 bits. Une compression agressive ou un mauvais traitement peut encore créer des bandes, même sur un contenu HDR.
Quel format d’export limite le banding dans GIMP ?
Le PNG ou le TIFF en 16 bits conservent le mieux les dégradés. Pour le web, un JPEG en qualité 90 ou plus, exporté après une conversion en 8 bits avec tramage, donne un bon compromis.


